Poème n°6
Givre blanc et nuit noire

かささぎの わたせるはしに おくしも

しろきをれば ぞふけにける

Traduction

Semblable au pont formé par les pies, la blancheur du givre déposé montre que la nuit vient de commencer.

Chūnagon Yakamochi

Explications

Le givre déposé sur les marches du palais de Heijō-kyō lui évoqua la légende du Tanabata.

Le Tanabata est une légende provenant d’une anthologie chinoise appelée Wen Xuan. Ce texte a été transmis au Japon durant l’époque de Nara. Il raconte l’histoire d’une déesse tisserande “Orihime” et d’un bouvier humain “Hikoboshi”. Ils se marient secrètement et de leur union naissent deux enfants. Les dieux en colère s’opposent à cette union et décident de les séparer en créant une rivière céleste : la voie lactée. Cependant ils leur accordent de se revoir une fois par an à la septième nuit du septième mois. On raconte que des pies se réunissent en troupe pour former un pont qui traverse la voie lactée, leur permettant ainsi de se rejoindre.

Heijō-kyō fut la capitale impériale du Japon durant la plus grande partie de l’époque de Nara. Un escalier permettait d’accéder à la cour que l’on surnommait “les cieux”. Lors d’une nuit froide et avancée en hiver, du givre avait recouvert les marches de cet escalier. L’auteur compara alors la blancheur du givre avec la couleur blanche du ventre des pies, et associe cet escalier au pont formé par elles pour rejoindre les cieux.

 

Précisions

Un festival d’été célèbre la légende du Tanabata.

Traditionnellement le festival du Tanabata est organisé entre la nuit du 6 juillet et l’aube du 7, mais de nos jours il est célébré le soir du 7 juillet ou du 7 août selon les régions. Vers 1h00, on peut observer parfaitement les deux étoiles Vega et Altaïr qui représentent respectivement Orihime et Hikoboshi, ainsi que la voie lactée. Les japonais ont pour coutume d’écrire des vœux sur des bandes de papier colorées, et de les accrocher à des branches de bambous.

D’après un poème de Fujiwara no Toshinari no Musume, une coutume consistait à écrire sept poèmes et de les jeter ensuite dans la mer ou les rivières pour qu’ils soient emportés par le courant et transmis aux dieux. Maintenant il est devenu rare de faire cela en raison de nombreuses branches de bambous en plastique que l’on peut acheter dans les commerces. Dans certains sanctuaires, une autre coutume consiste à brûler les branches de bambou, les vœux sont alors transmis directement au ciel.

 

Auteur

Chūnagon Yakamochi 「中納言家持」(718-785)

Il s’appelait Ōtomo no Yakamochi. Né dans un clan de guerriers et de bureaucrates, son père était un des dirigeant du Dazaifu (ancien gouvernement de Kyūshū). Il part pour la capitale (Nara) à l’âge de douze ans, et rejoint plus tard la garde de l’empereur Shōmu. Ce dernier lui demande de partir à Kyūshū pour y défaire une rébellion. Victorieux, il se fait rapidement connaître en tant que politicien et monte en grade. Plus tard il devint le gouverneur de la province de Etchū située dans l’actuel département de Toyama.

473 de ses poèmes font partie du Man’yoshu représentant dix pour cent de cette anthologie, ce qui laisse à penser qu’il en serait le compilateur. Les livres 17 à 20 du Man’yoshu proviennent de sa collection personnelle. Son poème inclus dans le Hyakunin isshu n’est pas inclus dans cette anthologie. Un de ses poèmes intitulé Umi yukaba a été utilisé comme chant patriotique durant la guerre du Pacifique.

Il est l’un des trente-six grands poètes sélectionnés par Fujiwara no Kintō.

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