Hyakunin isshu : genèse

Le Hyakunin isshu (ひゃくにん一首いっしゅ) est une anthologie japonaise compilée en 1235 par Fujiwara no Teika.

Le titre de cette compilation pourrait se traduire littéralement par « cent personnes, un poème ». Elle regroupe en effet cent poèmes composés par cent poètes différents qui ont vécu aux alentours de l’époque de Heian (794-1185). Ces poèmes sont rangés par ordre chronologique et transportent en eux un héritage de plus de mille ans. Ils témoignent du passé de cette époque où les arts tels que la littérature et la poésie étaient en vogue parmi les nobles de la cour impériale. Lire le Hyakunin isshu permet ainsi de s’imprégner de la vie que menaient les nobles d’autrefois, très attachés à la nature et recherchant les choses qui peuvent émouvoir.

Fujiwara_no_TeikaTeika naît en 1162 dans une branche mineure de l’aristocratie, les Fujiwara, qui autrefois dominaient en politique durant quatre siècles, mais qui a perdu de l’influence suite à une rébellion six ans plus tôt. Ne pouvant pas concurrencer directement la branche principale en politique, Teika se spécialise dans les efforts artistiques, principalement en poésie, afin de redonner prestige et pouvoir à son clan. Après plusieurs difficultés, il finit par se faire reconnaître par l’empereur retiré Go-Toba, à l’occasion d’un concours de poésie en 1200. Suite à cela il sera amené à travailler auprès de lui, et participera aux compilations de deux anthologies impériales (le Shinkokin wakashū et le Shinchokusen wakashū).

Il acquit une grande influence et devint l’un des plus grands poètes japonais, notamment de la forme waka. Il fut choisi en 1209 comme professeur de poésie du jeune et nouveau shogun Minamoto no Sanetomo. Cependant sa relation avec Go-Toba s’envenima au fil du temps. Souvent en désaccord concernant la sélection des poèmes pour les travaux d’anthologies, Teika ne pouvait pas transmettre aux générations futures les poèmes qui lui semblaient intéressants.

fusumaUn jour, en visite chez son ami proche Utsunomiya Renshō, ce dernier lui demanda de décorer les portes coulissantes de sa demeure avec des poèmes pour mettre en valeur sa résidence. Il souhaitait que Teika choisisse personnellement cent poèmes pour les écrire sur des papiers colorés et les coller sur ses portes. Teika s’enferma alors dans sa villa au pied du mont Ogura, situé à l’ouest de Kyōto, pour revoir les anthologies impériales faites jusqu’à maintenant, et sélectionner les poèmes les plus remarquables. Il les rangea dans l’ordre chronologique pour mettre en avant les caractéristiques de chaque poème selon les époques. C’est ainsi que le 27 mai 1235 naquit le Hyakunin isshu !

Environ quatre cents ans plus tard, au milieu de l’époque de Edo, on fabriqua un jeu de cartes appelé Ogura Hyakunin isshu. Plus des sept cents ans après, à notre époque, ce jeu de cartes appelé communément karuta, est encore joué traditionnellement en famille lors du Nouvel An. Il est également enseigné dans les écoles japonaises comme exercice de mémorisation ou bien d’étude littéraire ancienne. Vers le début du dix-neuvième siècle, une discipline sportive mêlant réflexes et mémorisation a progressivement vu le jour et c’est en 1957 que fût fondé l’association nationale de karuta sportif. Le manga Chihayafuru sorti en fin 2007 met en avant cette discipline.

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